Le 16 septembre 2026 concentre à lui seul presque tous les risques macroéconomiques de l'année : une Fed sous pression pour relever ses taux, une guerre en Iran qui fait exploser les prix du pétrole, un marché obligataire américain au bord de la rupture, et un dollar qui pourrait rester faible alors même que les taux montent. Voici pourquoi cette configuration est inédite, et pourquoi elle va bien au-delà d'une simple décision de politique monétaire.
À retenir
- Le dilemme de la Fed n'a pas de bonne solution : relever les taux ne fera pas baisser les prix de l'énergie, mais ne pas les relever fragilise encore plus la dette américaine.
- Le spread 10 ans / 2 ans s'est réduit à 35 points de base, signe d'une tension extrême sur la courbe des taux américaine.
- La guerre en Iran a déjà coûté 1,5 milliard de barils de pertes d'approvisionnement, seconde plus grande perte de l'histoire après la révolution iranienne de 1978-1981.
- Le coût de transport du pétrole a dépassé 1 million de dollars par jour pour la première fois de l'histoire.
- Le dollar pourrait rester faible malgré la hausse des taux, à cause des interventions structurelles de la Banque du Japon.
- L'intelligence artificielle soutient aujourd'hui l'essentiel des flux de capitaux vers les États-Unis, en l'absence d'un afflux comparable vers la dette.
Kevin Warsh face à un dilemme que la politique monétaire ne peut pas résoudre
Kevin Warsh, qui préside désormais la Fed, se trouve dans une situation particulièrement inconfortable. L'état actuel de la conjoncture américaine ne résulte pas de la politique monétaire héritée de Jerome Powell, mais principalement de l'administration Trump : une guerre au Moyen-Orient, une politique tarifaire dont les résultats réels restent discutables, et un soutien appuyé au Japon dans sa restructuration monétaire. Pendant ce temps, la Banque du Japon ne parvient toujours pas à normaliser la valeur de sa devise, alors que la facture énergétique du pays explose.
La décision de Warsh est donc difficile, mais elle semble inévitable, que ce soit lors de cette réunion ou de la prochaine. De nombreux analystes internationaux s'accordent : pour tempérer les tensions sur les taux longs, il faudrait relever les taux directeurs afin de concentrer le financement du Trésor sur les maturités courtes et réduire la volatilité des obligations à 30 ans. Dans les modèles avancés utilisés par les meilleurs gérants, l'objectif consiste à déterminer avec le plus de précision possible vers quel scénario l'économie se dirige : stagflation, récession, ou résilience.
Mais les calculs font ressortir un élément majeur : les hausses de taux envisagées par la Fed, comme par d'autres banques centrales telles que la BCE, ne feront pas baisser les prix de l'essence, puisque la source actuelle de l'inflation n'est pas directement contrôlable par la politique monétaire. Il faut ensuite prendre en compte l'effet d'une hausse des taux sur la devise. En théorie, le dollar devrait s'apprécier, puisque le rendement offert sur les liquidités devient plus compétitif. Mais compte tenu de la situation macroéconomique américaine et des interventions de la BoJ, qui continue d'emprunter des dollars pour les vendre immédiatement et les convertir en yens, il sera difficile de maintenir un dollar fort.
Par conséquent, si la Fed ne relève pas ses taux, ou si Warsh signale un resserrement moins important que celui déjà intégré par les marchés, les investisseurs obligataires pourraient exiger des rendements encore plus élevés pour compenser le risque inflationniste. Dans tous les cas de figure, le dollar et la dette américaine sont menacés.
Le marché obligataire américain sous tension extrême
Les rendements obligataires américains à 10 ans sont aujourd'hui presque rattrapés par ceux à 2 ans, avec un écart de seulement 35 points de base. Une hausse des taux de la Fed pourrait renforcer la concurrence entre les différentes maturités du Trésor américain. La prime de terme et les craintes institutionnelles entourant les placements à long terme joueront également un rôle dans le positionnement des investisseurs sur la courbe. Ce 16 septembre, le taux à 2 ans s'élève à 4,6%, soit le niveau auquel se trouvait le taux à 10 ans il y a moins d'un mois.

Le soutien à la dette que souhaitait mettre en place le secrétaire au Trésor Scott Bessent ne pouvait pas fonctionner dans ce contexte. Le seul facteur susceptible de permettre un retour à la détente sur les taux serait un apaisement de la pression inflationniste provoquée par la crise iranienne. Or, au regard des dernières nouvelles, ce retour à la normale ne se profile pas.
Pourquoi la crise iranienne rend toute détente improbable

L'Arabie saoudite a demandé aux États-Unis leur soutien dans son affrontement direct avec les relais iraniens au Yémen, notamment les Houthis. Ces derniers contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb et perturbent la stratégie de contournement mise en place par l'Arabie saoudite, qui ne peut plus exporter par le détroit d'Ormuz. Plusieurs infrastructures, notamment le principal oléoduc est-ouest saoudien, sont hors service à la suite des attaques des Houthis. Ainsi, 4 à 5% de l'approvisionnement mondial en pétrole sont de nouveau menacés.
Vers une nouvelle stagflation : la comparaison avec 1973-1980

Un sujet devient particulièrement pertinent : la comparaison avec la crise stagflationniste américaine de 1973 à 1980. En juillet déjà, le choc sur l'approvisionnement en pétrole était historique après seulement six mois de guerre. La situation ne semblait pas nécessairement comparable à celle des années 1970, car la dépendance énergétique au pétrole du Moyen-Orient est aujourd'hui moins importante : de nouvelles méthodes de forage ont émergé et les États-Unis sont eux-mêmes devenus producteurs et exportateurs. Mais plus le temps passe, plus les conséquences du choc deviennent visibles sur les données macroéconomiques, et cette analyse concerne particulièrement les États-Unis, bien qu'ils soient le premier producteur mondial de pétrole brut.
Le choc logistique : transporter le pétrole coûte désormais une fortune

Les pertes d'approvisionnement en pétrole résultant du conflit en Iran ont atteint 1,5 milliard de barils, dépassant l'embargo pétrolier arabe et les perturbations de la guerre du Golfe combinées. Seule la révolution iranienne de 1978-1981 reste devant, avec 4,3 milliards de barils perdus. Autre signal alarmant : le coût d'affrètement d'un pétrolier, calculé à partir du benchmark mondial, a atteint pour la première fois de l'histoire un million de dollars par jour.

À la suite des dernières nouvelles concernant l'oléoduc saoudien, le prix du pétrole brut d'Oman dépasse désormais les 155 dollars le baril. Cette cotation est particulièrement importante, car il s'agit du seul brut moyen-oriental qui n'a besoin de passer ni par le détroit d'Ormuz ni par celui de Bab el-Mandeb pour être exporté.

La cotation de Shanghai atteint également un niveau record, et même le WTI américain dépasse désormais les niveaux atteints lors de la crise de mai 2026. Les stocks mondiaux se situent au plus bas, ce qui rend les conséquences de premier et de second tour de cette crise inflationniste pétrolière difficilement évitables.

L'inflation alimentaire, prochaine victime du choc pétrolier
Il faudra mesurer l'exposition des agriculteurs à la hausse des coûts, entre les engrais, les carburants et leurs répercussions sur les prix des récoltes. Cette situation devrait alimenter l'inflation des produits alimentaires et des autres services essentiels. Environ 8% du commerce mondial d'essence provenait du Moyen-Orient, ainsi que près de 15% des exportations mondiales de distillats et de diesel, et environ 20% du diesel maritime. Selon les données disponibles aujourd'hui, environ trois quarts des exportations nettes de diesel et de gasoil du Golfe ont disparu par rapport à leur niveau d'avant-guerre.

Pourquoi la hausse des taux frappera les États-Unis plus durement que les autres
La hausse des taux que devra organiser Kevin Warsh risque de frapper les États-Unis de manière assez spécifique. D'abord, parce que le dollar ne devrait pas rester fort compte tenu des interventions de la BoJ. Ensuite, parce que les États-Unis sont aujourd'hui fortement déficitaires dans leur production d'essence et de diesel, et ne peuvent ni augmenter rapidement leurs capacités de raffinage, ni importer suffisamment de carburants. Surtout, un dollar faible accroît la pression marginale sur les importations, ce qui rend les institutions moins enclines à se positionner sur le dollar américain.
Le paradoxe des flux de capitaux : l'intelligence artificielle contre la dette
Le positionnement des investisseurs étrangers sur la dette américaine est déjà en baisse lorsqu'il est rapporté au PIB. Les investissements sont aujourd'hui principalement soutenus par l'intelligence artificielle, ce qui crée un croisement inhabituel avec les flux dirigés vers les bons du Trésor. Même si les taux sans risque se situent à des niveaux très attractifs en matière de rendement, les perspectives inflationnistes pour la fin de l'année semblent trop contraignantes pour y investir dès maintenant. Si l'inflation explose et n'atteint son pic qu'au milieu de l'année 2027, dans l'hypothèse où la guerre prendrait fin début 2027, la rentabilité réelle des obligations serait encore réduite.
En résumé, sans l'intelligence artificielle, les États-Unis se trouveraient dans une situation nettement plus fragile. Mais la hausse des rendements sans risque menace aussi la compétitivité des valeurs de croissance sur le marché des capitaux.

Une configuration inédite pour les marchés mondiaux
Nous sommes confrontés à une configuration rarement observée : le dollar américain pourrait rester faible alors que les taux devraient augmenter, les banques centrales pourraient relever leurs taux de manière coordonnée, et l'inflation mondiale pourrait être alimentée par une seule source majeure, l'énergie. Sur l'ensemble de l'année 2026, 26% de la production américaine de distillats et de diesel est destinée, en net, aux marchés étrangers. Or les prix du diesel américain atteignent des niveaux historiques, proches de 6 dollars le gallon, ce qui rend le risque d'une crise économique liée à la consommation américaine particulièrement important.
Il faudra surveiller une éventuelle décision du gouvernement américain visant à contraindre les exportateurs de distillats à réduire les volumes vendus à l'étranger. Une telle mesure provoquerait toutefois une crise majeure au Mexique, l'un des principaux fournisseurs alimentaires des États-Unis. La marge gagnée sur les carburants serait donc en partie perdue à travers une hausse de l'inflation alimentaire, ce qui illustre bien la nature interconnectée de cette crise : chaque solution déplace le problème plutôt que de le résoudre.
Conclusion
Voici donc le contexte macroéconomique et géopolitique à retenir avant la décision de la Fed. Ce qui rend cette situation exceptionnelle n'est pas un facteur isolé, mais leur combinaison : une guerre qui prive le marché mondial de pétrole d'une capacité d'approvisionnement majeure, une banque centrale contrainte d'agir sur un problème qu'elle ne peut pas résoudre, et un dollar structurellement affaibli par les interventions d'une autre banque centrale. Comprendre ces mécanismes, plutôt que de se concentrer sur la seule annonce du soir, est ce qui distingue une lecture superficielle des marchés d'une analyse qui tient sur la durée.
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FAQ
Pourquoi la Fed est-elle dans une situation difficile en septembre 2026 ?
La Fed doit gérer une inflation provoquée par un choc pétrolier lié à la guerre en Iran, un facteur que la politique monétaire ne contrôle pas directement. Relever les taux ne fera pas baisser les prix de l'énergie, mais ne pas les relever pourrait pousser les investisseurs obligataires à exiger des rendements plus élevés pour compenser le risque inflationniste.
Pourquoi le dollar pourrait-il rester faible malgré une hausse des taux ?
En théorie, une hausse des taux rend une devise plus attractive. Mais la Banque du Japon emprunte structurellement des dollars pour les convertir en yens dans le cadre de sa restructuration monétaire, ce qui exerce une pression baissière durable sur le dollar, indépendamment de la politique de la Fed.
Quel est l'impact de la guerre en Iran sur les prix du pétrole ?
Le conflit a provoqué des pertes d'approvisionnement de 1,5 milliard de barils, la deuxième plus grande perte de l'histoire après la révolution iranienne de 1978-1981. Les attaques contre les infrastructures saoudiennes et le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis menacent à nouveau 4 à 5% de l'approvisionnement mondial en pétrole.
Pourquoi comparer la situation actuelle à la stagflation des années 1970 ?
Comme dans les années 1973-1980, un choc pétrolier majeur alimente une inflation difficile à maîtriser par la politique monétaire seule. La situation n'est pas identique, car les États-Unis sont aujourd'hui producteurs et exportateurs de pétrole, mais les conséquences macroéconomiques du choc deviennent de plus en plus visibles avec le temps.
Pour aller plus loin
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